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Thème du Mois

Diagnostique de La Filière Lait Local au Sénégal

1-Analyse de la situation

Au Sahel, les sociétés pastorales  et agropastorales  éprouvent d’énormes  difficultés pour accéder aux services sociaux et économiques de base. Ceci découle de politiques de développement et de textes législatifs  inadaptés aux réalités et logiques pastorales. Ainsi, les droits d’accès aux ressources en eau et en pâturages de nombreux pasteurs se sont amoindris et certaines de ces ressources ont fini par disparaître, au profit d’autres usagers au cours du dernier quart de siècle.

Toutefois avec la grande vague de décentralisation déclenchée en Afrique de l’Ouest depuis le début des années 90, les  populations pastorales ont la possibilité de s’exprimer sur la gestion et la planification des ressources naturelles, sur les modes et conditions de développement de leurs terres. Selon les  dispositions de la décentralisation, les gouvernements locaux  ont la responsabilité légale d’assurer des services sociaux et économiques (santé, eau, éducation, commerce) et de dresser des plans locaux d’utilisation de la terre pour les besoins agricoles, forestiers, pastoraux et autres.

Cependant force est de reconnaître que même si la  décentralisation offre beaucoup d’opportunités, elle présente aussi de nombreux risques et défis.

En effet, les gouvernements locaux ont généralement une faible compréhension de la logique des systèmes pastoraux. En outre, les groupes pastoraux sont rarement représentés dans les instances de décisions et manquent souvent des capacités pour articuler leur propre vision et leurs besoins afin d’influencer les processus de prise de décisions.

De plus, l’accès aux ressources naturelles constitue aujourd’hui un enjeu de taille devant lequel certains décideurs, techniciens et acteurs de la société civile n’hésitent pas à sacrifier le pastoralisme sous les prétextes fallacieux qu’il détruit l’environnement, est un élevage de prestige, de contemplation, un  mode d’élevage  archaïque, peu productif, attardé, peu réceptif à la modernité et qu’il  est consommateur d’espace, etc.

En réalité , malgré les résultats de nombreuses recherches qui mettent en évidence la viabilité des systèmes pastoraux basés sur la mobilité, beaucoup de politiques nationales continuent à prôner des modèles orientés vers la sédentarisation. C’est au nom des ces modèles manifestement basés sur des préjugés que beaucoup de décideurs estiment que les pasteurs « doivent se sédentariser comme cela s’est passé comme ça ailleurs ». C’est cette logique qui a  mené aux projets de sédentarisation des nomades après la sécheresse, perçus comme des acteurs qui contribuent au surpâturage et à la dégradation des ressources naturelles.

Au Sénégal, plus de 350 000 familles vivent de l’élevage soit 3 millions de personnes en moyenne . Le commerce du lait et de ses dérivés constitue la première activité dont l’éleveur tire de maigres ressources financières. Les retombés permettent à l’éleveur de faire vivre sa famille car il ne peut à tout instant s’adonner à la vente de ses animaux. Cependant, on constate amèrement beaucoup de pertes de lait pendant l’hivernage dans les zones de fortes productions (Zone sylvopastorale, Régions de Tamba, Kolda) par manque de moyens de  collecte, de conservation et de transformation.
 Les politiques mises en œuvre depuis ces dernières années par l’Etat et les projets dans ce domaine n’ont encore aucun impact significatif dans l’économie nationale car, les importations du lait en poudre coûtent très cher à l’Etat du Sénégal 45 milliards Francs CFA en sortie de devises  environs  en 2005 .
Selon la Direction de l’élevage au Sénégal, voici la situation de la filière lait en millions de litres durant les années 2000-2004.
En million de litres.

Année

Lait de bovin

Total lait local

Import

Lait disponible

Part importation

2000

97,7

118,5

191,0

309,5

62%

2001

100,1

121,6

172,1

293,8

59%

2002

86,0

101,5

196,5

290,0

66%

2003

92,3

110,4

268,8

379,2

71%

2004

95,9

114,2

250,0

364,2

69%

Il apparaît nettement la part importante que représentent les importations dans ce tableau.
Depuis 2000, la part la plus faible de ces dernières années a été de 59%(2001) et celle la plus forte de 71% en 2003
Cette situation déficitaire est tributaire d’un ensemble de contraintes qui limitent la production nationale et favorisent la dépendance du pays vis-à-vis de l’extérieur en matière de fournitures de lait et des produits dérivés.


2- Contraintes de la filière
  Les contraintes sont d’ordres génétiques, alimentaires, sanitaires, mais aussi liées à d’autres facteurs qui peuvent se résumer comme suit :
mauvaise connaissance des performances génétiques des races locales ;
état artisanal des unités de transformation avec un circuit de commercialisation peu organisé et faible protection du marché national,
organisations socio- professionnelles des éleveurs peu dynamiques,
niveau d’équipements en infrastructures de base (collecte, conservation) insuffisant avec l’irrégularité de l’abreuvement des animaux en saison sèche dans certaines zones comme le Ferlo ;
financement public faible ;
difficultés d’accès au crédit et aux intrants en temps réel.


3- Atouts de la filière
Pourtant, la filière,  bénéficie de certains atouts qu’ils convient de rappeler :
    - un cheptel important et varié ;
    - des potentialités d’amélioration importante en fonction de l’application des systèmes de production différents selon les zones agro- écologiques ;


1- Zone du Ferlo : élevage extensif avec gestion améliorée de l’espace, sauvegarde et valorisation du système pastoral
2- Zone agricole et agropastoral du bassin arachidier et du sud du pays : système plus intensif ; intégré à l’agriculture (valorisation des sous produits agricoles, possibilités d’inséminations artificielles, production de fourrage)


3- Zone péri- urbaine : intensification des systèmes de production, avec une intégration aux autres activités agricoles pour limiter les charges de production (fermes, production de fourrage)
- un contrôle des épizooties ;
- des compétences techniques privées, publiques ( qui demandent à être  renforcées dans le domaine de la transformation et de la commercialisation) ;
- une volonté de l’Etat de développer la filière.
Les possibilités de promotion de la filière lait local  demeurent l’accroissement du taux de couverture des besoins par la production nationale, à la contribution à l’amélioration des revenus des pasteurs et de l’alimentation des villes tant en quantité et qualité.


4- Axes de la développement de la filière
Ainsi, 4 grands axes pourraient être envisagés pour favoriser le développement de la production et de la consommation :
la définition et la mise en œuvre d’une politique de développement prenant en compte la spécificité des différentes régions d’élevage qui va se traduire par des investissements publics plus importants,
un meilleur accès aux intrants et un appui à l’organisation de la filière (production, collecte, transformation et distribution),
un appui à la diversification et à la modernisation des unités de transformation qui bénéficient actuellement d’un très faible soutien alors qu’elles peuvent jouer un rôle essentiel dans la valorisation de la production locale,
une réelle implication des organisations faîtières de la filière  dans la conception, la mise en œuvre et l’évaluation des politiques laitières.

 

 

 
 

     
 
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